L'arrêt BA'M 5620/24
Que s'est-il passé en juin 2025 ?
En juin 2025, la Cour suprême a rendu l'arrêt BA'M 5620/24 — une décision de principe susceptible de bouleverser l'ensemble du dispositif de protection patrimoniale des couples en Israël. La formation élargie de juges a consacré une nouvelle règle jurisprudentielle qui élargit considérablement le champ des biens pouvant faire l'objet d'un partage entre conjoints.
La doctrine du « partage spécifique »
Avant l'arrêt, la loi sur les relations patrimoniales entre époux de 1973, en son article 5(a), disposait que les biens appartenant au conjoint avant le mariage n'étaient pas soumis à répartition — c'est-à-dire exclus du partage. Un appartement acheté avant le mariage, une succession, une donation — tous étaient protégés.
L'arrêt BA'M 5620/24 a ajouté une nouvelle strate : même si un bien n'est pas soumis à répartition au regard de la loi, dès lors que les conjoints l'ont traité comme un bien commun, il peut faire l'objet d'un partage. C'est la doctrine du « partage spécifique ».
Avant et après — comparaison
Avant l'arrêt :
- Appartement acheté avant le mariage = bien personnel, protégé
- Succession reçue pendant le mariage = bien personnel, protégé
- Épargne antérieure au mariage = bien personnel, protégé
Après l'arrêt :
- Appartement acheté avant le mariage, si les deux conjoints y ont vécu, l'ont rénové ou ont remboursé le prêt = peut être partagé
- Succession déposée sur un compte joint ou affectée à une acquisition commune = peut être partagée
- Épargne mêlée à des fonds communs = peut être partagée
Quand un bien devient-il « commun » ?
La Cour n'a pas établi de liste exhaustive, mais a relevé plusieurs indices :
- La résidence commune dans le bien pendant une période prolongée
- Le paiement commun du prêt immobilier, de la taxe foncière ou des travaux
- L'usage commun d'un compte bancaire sur lequel les fonds du bien ont été déposés
- L'enregistrement commun du bien (même s'il était à l'origine au nom d'une seule personne)
- Un comportement révélant une intention de mise en commun
Conséquences pratiques
Pour les couples avant le mariage :
L'arrêt a fait passer le contrat de mariage du statut de « recommandé » à celui d'« indispensable » pour quiconque possède des biens. Sans contrat, il n'existe aucun moyen de savoir avec certitude quels biens seront protégés.
Pour les couples mariés :
Même les couples déjà mariés peuvent et doivent signer un contrat de mariage. Le contrat protège les biens à compter de sa signature, et peut également traiter des biens accumulés avant celle-ci.
Pour les chefs d'entreprise :
Les chefs d'entreprise sont exposés à un risque accru. Si l'entreprise a été exploitée depuis le domicile familial, si le conjoint a participé à l'activité, ou si les bénéfices de l'entreprise ont servi à des dépenses communes — l'entreprise peut faire l'objet d'un partage.
Que faut-il faire dès maintenant ?
- Signer un contrat de mariage — c'est le moyen le plus efficace de protéger ses biens. Le contrat établit expressément quels biens appartiennent à chaque partie
- Maintenir la séparation — même avec un contrat, il est important d'agir en conséquence : comptes séparés, enregistrement séparé, et ne pas mêler les biens personnels aux biens communs
- Documenter — conservez les documents prouvant l'origine de chaque bien
- Consulter — si vous possédez des biens importants, consultez un avocat spécialisé en droit de la famille
L'arrêt est-il définitif ?
Oui. Un arrêt rendu par une formation élargie de la Cour suprême constitue une jurisprudence contraignante. Les tribunaux de la famille et les tribunaux rabbiniques sont tenus de l'appliquer. Seule une autre formation élargie de la Cour suprême peut modifier la règle ainsi établie.
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